
Sur les routes de Pavie
Siro, le pélérin
L'origine de la Cathédrale
Auteur : Cesare Carabba
Traduzione
di Elena Negri
Introduction
L'histoire ne veut pas être une reconstitution historique des événements qui se sont réellement
passés, mais une envolée de l'imagination d'un cœur animé par la foi. L'inspiration m'a été donnée
par un cher ami et prêtre qui, après avoir lu certains de mes écrits, m'a invité à écrire une histoire
fictive inspirée des origines du christianisme à Pavie.
Dans ce récit j'ai conçu l'hypothèse , en suivant quelques traces historiques, que Marc
l'évangéliste fut le premier à apporter l'annonce évangélique à Aquilée, ville romaine sur la mer
Adriatique.
Par la suite, à partir de ce lieu, certains évangélisateurs, parmi lesquels Invenzio et Siro,
répandirent la Parole dans tout l'arrière-pays. J'ai supposé qu'ils remontaient les grandes fleuves,
le Pô et le Tessin, à contre-courant, comme certains oiseaux suivent les cours d'eau. Au cours de
leur voyage, ils auraient rencontré Pompeo, le deuxième évêque de Pavie qui, attiré par
l'enseignement évangélique, les aurait suivis.
Selon une ancienne légende, San Siro était le garçon qui avait apporté les paniers des pains et des
poissons que Jésus avait multipliés. Compte tenu du décalage temporel, cela est bien évidemment
impossible ; mais dans cette histoire j'ai voulu faire revivre cette croyance affectueuse , en
garantissant que ces poissons et ces pains étaient les bâtisseurs de la Cathédrale.
Pour mieux transmettre l'expérience qui témoigne de combien la foi est une sorte d'immersion
dans le silence divin, j'ai imaginé que la Cathédrale elle-même était entrainée dans les abysses
marins par les poissons échappés du panier. Les restes mortels de Siro et Invenzio reposent
aujourd'hui dans cette Cathédrale et ici ils brillent à travers leur esprit, dans la merveilleuse
lumière que ce lieu peut donner à certaines heures de la journée, toujours changeante selon les
saisons.
J'espère ne scandaliser personne avec mes fantasmes et que mon histoire puisse accompagner
amicalement le lecteur dans cette dimension joyeuse que la foi peut donner.
En chemin
Un jour Siro me dit que les oiseaux avaient été les premiers à apporter la nouvelle du Christ. Ils
l'avaient diffusée à travers les terres, le long des fleuves et des canaux, les mêmes qu'ils étaient en
train de parcourir ensemble.
Marc, l'évangéliste, avait rejoint Aquilée, ville et forteresse romaine sur la mer Adriatique.
La nouvelle de la résurrection du Christ avait vaincu dans la ville toute résistance, en s'opposant à
la violence romaine et à la peste, en faisant naître dans les coeurs des personnes simples la foi
nouvelle. Tout le monde était contagié par l'unité des nouveaux croyants: on admirait le sentiment
commun, la façon simple de prier, la bonté de l'âme, …et surtout on voyait des yeux sincères,
comme ceux des personnes qui se sont libérées d'un fardeau très lourd pour se remplir de lumière
et de joie profonde.
La flamme apportée par Marc et d'autres disciples avait été gardée allumée grâce à leur martyre
et beaucoup d'autres avaient poursuivi leur mission : celle de purifier le cœur de l'homme jusqu'à
faire affleurer l'or du Christ.
Comme l'oxygène est apporté à la chair de notre corps à travers le sang, ainsi l'Evangile se diffusait
dans les terres d'Italie, au début le long des côtes, ensuite à travers les fleuves, à rebours.
Maintenant c'était notre tour, celui de Siro et d'Invenzio, d'apporter l'annonce en parcourant des
routes nouvelles, vers les cœurs que la Providence avait déjà défrichés.
Rencontres
J'avais l'habitude, moi, Invenzio, de demeurer quelques pas derrière mon frère et l'observer tandis
qu'il rencontrait les gens sur les rives du fleuve.
Lorsque quelqu'un demandait à Siro qui était l'homme ressuscité des morts, il s'arrêtait, il
posait son bâton par terre et il se mettait à genoux. Il devenait petit, dans son manteau, il
frémissait d'amour et, tandis que ses yeux se remplissaient d'une grande douceur, son âme
devenait lumineuse et la lumière semblait sortir de son corps.
Le silence devenait tellement profond que souvent les personnes autour de lui, très touchées, se
mettaient elles aussi à genoux .
Les gens qui passaient, en voyant la scène, baissaient la tête et s'arrêtaient : on entendait
chuchoter une prière, une mère arrivait avec son enfant, un batelier s'approchait du rivage, en
silence.
Le fleuve aussi semblait se taire.
Je restais un peu éloigné, mais toujours lié à Siro par les mots de Jésus : « S'il y a deux ou plusieurs
personnes unies en mon nom, je suis parmi elles ». Et Lui, il était vraiment avec nous, dans la
personne qui l'avait reçu dans son cœur.
On était si heureux parce qu'IL marchait avec nous et IL s'arrêtait parmi les personnes qu'il
aimait…
Tout ce qui se passait c'était grâce à lui : sa paix remplissait le cœur des nouveaux frères .
Quelquefois il y avait eu aussi des faits extraordinaires qui nous avaient poussés à poursuivre
notre chemin et à continuer notre prédication ailleurs.
En remontant le long du fleuve Pô, sur son rivage droit, nous avons suivi le fleuve Tessin et nous
nous sommes arrêtés sur une petite colline, près de la ville de Pavie.
Beaucoup de personnes nous avaient suivis, charmées par les signes qu'elles avaient vus ou par le
sentiment nouveau qui venait de naître dans leurs âmes ou bien des curieux attirés par l'étrange
procession. Parmi ces gens-là il y avait Pompeo , un homme bon et silencieux qui resta avec nous
comme un frère.
Ce matin on était assis sur l'herbe avec beaucoup de monde pour nous reposer.
Auprès de nous il y avait un petit enfant qui faisait des bulles de savon : les unes s'élevaient
poussées par le vent et ensuite éclataient dans le ciel ; d'autres planaient au-dessus du sol, le long
des ruelles jusqu'aux basses maisons sur le fleuve.
Siro me regarda très ému et il me dit : « On est arrivé chez nous » et, en s'adressant au petit
enfant, lui dit : « Apporte-nous quelque chose à manger ».
L'enfant courut chez sa mère et ,peu après, il arriva avec une corbeille contenant cinq pains et
deux poissons.
Je tressaillis en me rappelant les gestes de notre Seigneur et le miracle des pains et de poissons.
« Courage ! » - me dit Siro – « donnons à manger à ces personnes ! »
Nous allâmes parmi ces gens : il tenait la corbeille en haut et moi, je donnais aux hommes et aux
femmes du pain et du poisson ; Pompeo qui nous suivait, s'occupait de donner à boire en prenant
l'eau de sa carafe.
Avec mon cœur plein d'émotion, je continuais à distribuer les pains et le poissons et quand j'eus
terminé, je m'aperçus que dans la corbeille il y avait encore de la nourriture.
Nous avons prié ensemble et nous avons rendu grâce à Dieu. Puis je demandai à Siro : « Pourquoi
as-tu dit que nous sommes arrivés chez nous ? »
« Regarde mieux dans la corbeille » me répondit-il.
Je regardai et ce qui se passa fut incroyable…Les poissons s'enfuirent de la corbeille , en nageant
dans l'air et les pains grossirent énormément , en se gonflant dans le ciel…
L'origine de la cathédrale de Pavie
Je me suis retrouvé au pied d'un gigantesque palais : de larges escaliers menaient à trois hautes
portes en bois sombre. Sur le seuil je reconnus Pompeo qui, en baissant la tête, ouvra la porte.
Je lui demandai : « Qu'est-ce que tu fais ? » et il me répondit : « J'ouvrirai la porte pour toi ! »
J'entrai et je commençai à bouger en suivant la lumière.
Sur les cotés il y avait des espaces semblables à de grandes rues ; au centre, des bancs en bois et
sur les murs des statues et des tableaux habitaient les niches.
Dans ce lieu il avait beaucoup de monde et tous avaient le visage levé. Moi aussi je levai ma tête :
l'espace se brouillait partout, se perdait dans le vide des bulles en haut, les unes grandes, les
autres presque géantes, savamment soufflées, tendues en dômes aux extrémités de puissantes
colonnes en marbre.
Dans le ciel, des réverbérations de lumière brillaient par faisceaux, des éclairs autour des fenêtres
cintrées, de la splendeur à travers les fenêtres rondes.
Tandis que j'étais ébloui par une telle gloire, quelque chose passa au-delà de ces fenêtres.
Peut-être des nuages, je ne suis pas sûr, mais j'aperçus une matière sombre, décorée avec de
l'argent, semblable à un ventre d'un gigantesque poisson fendant l'eau : après le bruit sourd
provoqué par sa nageoire dans l'eau bouillonnante , ce fut le silence et beaucoup de lumière.
Au passage de ce poisson, tout bougea en descendant vers le bas : j'eus comme la sensation
qu'on allait au fond, en bas, loin des clameurs de ce monde, vers un ventre abyssale de
consolation.
Soudain il y eu un autre tremblement.
Cette arche vaporeuse coulait encore, peut-être guidée par les poissons qui s'étaient échappés du
panier et, devenus énormes, traversaient l'abîme en nous emportant avec eux, vers la fête de
lumière sur les fonds .
Emervéillé et ému, je m'aperçus que je n'étais plus seul. Dans ce ventre de lumière pareille à une
écume laiteuse, on sentait la tendre présence d'une Mère.
Un autre soubresaut et puis la chute.
Beaucoup de gens sont arrivés à coté de moi, ils semblaient confus et je pouvais voir sur leurs
visages l'anxiété, la souffrance et la résignation. Pompeo était avec eux et en soignait les
blessures.
La voix de Siro me parvint avec force : « Courage, donnons quelque chose à manger à eux-aussi ! »
A ce moment-là, les lumières qui descendaient du haut , touchaient un autel.
Dans un panier il y avait du pain , sans levain et frais, qui répandait son parfum tout autour.
Siro m'attendait, vêtu en blanc, près de l'autel.
« Je t'ai déjà dit que ce lieu serait notre maison, parce que notre dépouille mortelle reposera ici »
dit-il avec ses yeux brillants et pleins de joie.
« Cette cathédrale sera traversée par beaucoup de personnes. Elle sera comme une citadelle , un
carrefour pour les gens . Celui qui veut sera apporté en haut et puis jeté au fond, dans l'abime de
la miséricorde de Dieu. En cet endroit, chaque homme pourra voir la lumière de la terre ainsi que
la lumière éternelle. Protégé par ces murs, s'il sait se taire, il écoutera le silence d'une Mère. Ici, le
Fils de l'homme le nourrira de son corps et de sa parole. Et nous, cher Invenzio, nous serons
toujours avec ceux qui veulent s'arrêter ici. Nous serons avec le Christ immolé sur l'autel, avec sa
Mère, avec le dernier Pierre qui bénira depuis cet autel »
.